Commémoration de la victoire du 8 mai 1945, à Meyzieu et Décines Charpieu, le 8.05.2024

J’ai participé aux commémorations de la victoire du 8 mai 1945 dans les communes de Meyzieu et Décines-Charpieu, le mercredi 8 mai 2024. Ce moment solennel fut l’occasion de rendre hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté de la France, et de rappeler ma solidarité à l’égard de ceux qui luttent toujours contre les totalitarismes du 21ème siècle.

Retrouvez ci-dessous mon discours en vidéo, et sa transription.

Discours prononcé le 8 mai 2024 lors des commémorations de Meyzieu et Décines-Charpieu.

Il y a 79 ans, l’Allemagne capitulait, sans conditions, à Reims devant les représentants des armées alliées. L’année 1944, dont nous célébrons le 80ème anniversaire, marqua le point de bascule de la guerre, précipitant la fin du joug hitlérien sur l’Europe. 

En juin 1944, l’Opération Overlord est lancée :

Les troupes américaines, britanniques et canadiennes débarquent sur les plages de Normandie. Rennes, Cherbourg, Saint Brieuc, Quimper, Angers, Nantes, sont tour à tour libérées de l’Occupation nazie. 

Le 19 août, n’y tenant plus, la Résistance parisienne se soulève. Le 25, défiant les ordres, la 2e division Blindée du général Leclerc entre dans Paris et en chasse enfin l’occupant.  

Le lendemain, De Gaulle et les siens défilent sur les Champs Élysées, sous la protection du peuple de Paris. Après 5 années d’occupation et de collaboration, le destin de la France vient d’être repris en main par le peuple français.

L’année 1944 marque le début de la victoire, mais également la pire des découvertes. 

Alors que les Alliés libèrent l’Ouest, à l’Est, l’armée rouge progresse aussi, 

Mais les réjouissances sont de courte durée.  

À l’été 1944, les premiers camps de concentration et d’extermination sont libérés, et les Alliés découvrent sous leurs yeux l’organisation millimétrée de l’horreur, les chambres à gaz, et mesurent l’ampleur de la monstruosité qui s’y est déroulée, méthodiquement, durant ces 5 années de guerre.  

Et alors que l’avancée alliée est irrémédiable, les marches de la mort organisées pour la fuir achèvent dans une dernière cruauté l’œuvre génocidaire du régime nazi.

En 1945, sidéré par l’ampleur du crime qui venait de se dérouler – plus de 10 millions de morts dont 6 millions de Juifs – l’équivalent de la population du Portugal – nos prédécesseurs se sont promis de ne pas réitérer les erreurs du passé. 

Les Nations ont mis leurs antagonismes de côté et choisi de s’associer pour faire prospérer la paix, pour honorer le sacrifice de ceux qui leur avaient permis de retrouver la liberté. 

Le 24 octobre 1945, l’Organisation des Nations Unies est créée par 51 pays membres fondateurs afin d’assurer un ordre mondial, fondé sur les droits fondamentaux et la dignité humaine plutôt que sur la force, ils sont désormais 193 ; 

Le 18 avril 1951, décidés à garantir enfin la paix sur le continent européen via une coopération économique, 6 États européens, dont la France, créent la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Ils sont désormais 27 au sein de l’Union Européenne, qui est aujourd’hui toujours une union économique mais aussi une union politique. 

Ces beaux projets émergeant de 6 sombres années ont une priorité : garantir la paix et la sécurité du monde contemporain.

Grâce à ces hommes, artisans de la paix, je suis – comme beaucoup d’entre vous – d’une génération qui n’a pas connu la guerre.

Qui n’a même pas connu le service militaire.

Je n’ai pas vu poindre de mes propres yeux ce moment où tout bascule.

Mais je crains que le moment que nous sommes en train de vivre n’y ressemble que trop.

Je crains lorsque je vois tous les semeurs de haine. Ils sont trop, trop nombreux, trop puissants, trop présents partout sur la planète et aussi en France.

Aussi, devant ce monument dédié à ceux qui sacrifièrent leur vie pour notre liberté, je veux penser à ceux qui en sont aujourd’hui les héritiers et qui combattent les totalitarismes actuels au péril de leur vie. 

Je pense à la jeunesse iranienne qui lutte face au régime des Mollah, à Toomaj Salehi condamné à mort par la dictature iranienne pour avoir participé au mouvement de contestation contre le régime ; 

Je pense au peuple ukrainien qui lutte pied à pied face à la dictature russe depuis plus de deux ans. Dès 2014 et l’invasion illégale de la Crimée, nous aurions pu agir, mais nous avons laissé faire. Nos renoncements d’alors n’ont pas permis d’éviter la guerre, bien au contraire. C’est justement à cause de la faible réaction de la communauté internationale que l’Europe connaît à nouveau la guerre sur son sol.

Je pense aussi au peuple arménien, à ceux qui, en septembre dernier, ont dû quitter la région du Haut-Karabakh dans laquelle ils vivaient depuis plus de deux millénaires pour sauver leur peau face à l’offensive militaire azérie, à ceux qui doivent désormais faire face à la menace des régimes impérialistes turc et azéri sur le sol même de la république d’Arménie déjà partiellement occupée par ces armées de haine. 

En ce moment, je veux aussi penser à toutes les victimes innocentes de la haine, en particulier aux peuples israéliens et palestiniens.  

Depuis 3 décennies, la communauté internationale est dans l’incapacité d’apporter une réponse politique juste à la situation du Moyen-Orient, laissant la place aux extrémistes et aux terroristes. 

L’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, le pire massacre antisémite depuis 1945, nous a de nouveau confronté à ce que le terrorisme islamiste fait de pire et a encore fait basculer le conflit israélo-palestinien dans le chaos.

L’année 1944 nous a enseigné que les civils étaient toujours innocents et que nous avions un devoir de les protéger, pourtant ce sont bien les civils qui sont au cœur de ce conflit et qui en subissent toutes les conséquences, qu’ils soient otages israéliens aux mains du Hamas ou palestiniens prisonniers des ruines de Gaza.

Je pense aussi au peuple kurde, encore et toujours bombardé et pourchassé, par tous les empires de la région et en particulier par la Turquie. 

Un État Kurde avait été envisagé au sortir de la Première Guerre Mondiale, il n’a jamais été remis sur la table, et alors que les peuples européens retrouvaient leur liberté en 1945, les Kurdes ne faisaient que commencer le combat pour la leur. Il n’est pas trop tard pour les aider, pour les soutenir, alors qu’il y a 10 ans, ils combattaient avec nous et pour nous les terroristes fanatiques de Daesh.

Mais cette terrible haine, dont le premier ministre disait à juste titre avant hier qu’elle est une machine infernale, enfante même sur le territoire de la République.

Le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie se sont de nouveau introduits dans les cœurs et les esprits. L’explosion des actes antisémites en est la preuve. Depuis le début de l’année, on en dénombre déjà 366, soit +300% d’augmentation. 

Je le dis avec force et détermination : ceci n’est en aucun cas tolérable ou justifiable. Les auteurs de ces actes devront tous en répondre et ceux qui par leurs discours les encouragent ou les justifient aussi car par leurs mots et par leurs actes, c’est la République, ces principes fondamentaux et fondateurs qu’ils attaquent.

Dans ce moment, où les totalitarismes sont devenus monstrueux, où les pourfendeurs de haine sont légion, où la paix et la liberté sont partout mises à mal, je veux vous dire, je veux dire à nos enfants, qui n’ont pas toujours connaissance des faits du passé, que la réponse ne peut pas être le repli sur soi, je veux vous dire que la solidarité doit être plus qu’en parole, elle doit être en acte.

Le 21 février dernier, la France a rendu hommage à Missak Manouchian et à ses compagnons des FTP MOI qui furent exécutés 80 ans auparavant par le régime nazi pour avoir résisté à l’occupant. Leur panthéonisation est un hommage au sacrifice de ces étrangers morts pour la France et pour ce qu’elle représentait, mais elle est aussi un enseignement : la fraternité entre les hommes et les femmes libres qui combattent pour garder la liberté qu’on souhaite leur arracher est la condition de notre liberté demain.

Alors qu’Albert Camus recevait le prix Nobel de Littérature, il eut ces mots :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

La génération d’Albert Camus a tenu parole. A nous désormais d’en faire autant.

Vive la République, et vive la France.